En ce qui concerne la consommation des informations d’actualité, les médias sociaux sont une arme à double tranchant. D’une part, le faible coût, l’accès facile et la diffusion rapide de l’information amènent les internautes à chercher et à consommer abondamment l’actualité sur les réseaux sociaux. De l’autre côté, des individus ou organisations peu recommandables s’adonnent à une large diffusion de fausses nouvelles ou « fake news », c’est-à-dire des informations intentionnellement erronées ou de qualités douteuses. La propagation massive de fausses nouvelles a le potentiel d’avoir des impacts extrêmement négatifs sur les individus et la société. Par conséquent, la détection de fausses nouvelles sur les médias sociaux est récemment devenue une tâche cruciale qui attire une attention considérable. Mais comment peut-on traquer et débusquer ces nouvelles toxiques qui empoisonnent les réseaux sociaux ? C’est sur cette question que nous plancherons dans les lignes qui viennent.

Distinguer les « fakes news » : une tâche compliquée

La détection de fausses nouvelles sur les médias sociaux présente des caractéristiques et des défis uniques qui rendent les algorithmes de détection des médias traditionnels inefficaces, inapplicables et inopérants. Tout d’abord, de fausses nouvelles sont intentionnellement écrites pour induire les lecteurs en erreur et leur faire croire en des informations erronées, ce qui rend difficile et non triviale la détection en fonction du contenu. Par conséquent, il faut faire appel à des auxiliaires, tels que les utilisateurs des médias sociaux, pour aider à les débusquer. Deuxièmement, l’exploitation de ces auxiliaires est difficile en soi, car les utilisateurs engagés produisent des données incomplètes, non structurées et bruyantes. Parce que la question de la détection des « fake news » sur les médias sociaux est à la fois difficile et pertinente, il faut faire preuve d’une grande circonspection.

Considérer la source, un bon début pour reconnaître les « fakes news »

Les médias traditionnels ne sont peut-être pas dans les bonnes grâces des lecteurs ces jours-ci, mais dans l’ensemble, on peut faire confiance à des noms aussi éprouvés comme Associated Press, le New York Times et la NBC pour vérifier les faits. Ces journaux se sont, au fil du temps, bâti une solide réputation en faisant preuve d’une grande fiabilité. Aucune information majeure ne leur échappe et il faut de toute évidence se méfier des informations sensationnelles qui ne figurent pas dans leurs colonnes. Si un fil d’actualité parle de la mort d’un célèbre acteur et que Reuters ou l’AFP ne l’annoncent pas au bout de quelques heures, il est sans doute certain qu’il s’agit d’une « fake news ».

Examiner attentivement le site web de l’éditeur

Certains des sites qui propagent ces fausses nouvelles admettent ouvertement que leurs histoires sont de la fiction ou de la satire dans la section «À propos » du site web. Le site World News Daily Report l’indique même en première page: «Tous les personnages apparaissant dans les articles de ce site sont entièrement fictifs et toute ressemblance entre eux et toute personne vivante, morte ou morte-vivante est purement un miracle». Véritable identité derrière des adresses Web intelligemment conçues. Ajouter un « .co » supplémentaire à la fin de son URL permet à un site comme abcnews.com.co de se faire passer pour un site d’actualité plus connu et plus fiable. Il faut donc éviter de tomber dans le panneau.

Consulter des experts

Si quelque chose leur semble un peu douteux, les lecteurs peuvent se tourner vers un certain nombre de sites web qui se sont exclusivement consacrés à la démystification des « fake news ». Le plus ancien du lot est Snopes.com, fondé au milieu des années 1990 par David Mikkelson, dans le but de vérifier les légendes urbaines qui circulaient à l’époque par e-mail. Un autre participant, plus récent, est FactCheck.org, un projet du Centre de politique publique de l’Université Annenberg de Pennsylvanie, qui tend à se concentrer davantage sur l’examen minutieux des déclarations des politiciens et d’autres personnalités publiques.

Vérifier la qualité

Beaucoup de sites de fausses nouvelles n’essaient même pas de faire les choses correctement, évitant des traditions telles que la ponctuation, l’orthographe et la grammaire. Le laçage des titres avec des mots en majuscules est une autre tactique préférée des faux journalistes. Soyez également à l’affût des points d’exclamation et des titres qui insistent pour que vous lisiez la nouvelle en question. Un article truffé de fautes barbares doit attirer l’attention et amener le lecteur à se méfier.

Vérifier si quelqu’un d’autre rapporte la même chose

Cela ne veut pas dire que l’histoire n’est pas vraie si ce n’est pas le cas, mais même avec des sites de nouvelles réputés qui empruntent et réécrivent régulièrement les histoires d’autres sites, il y a rarement, voire jamais, une exclusivité ou un «scoop» à l’ère d’Internet. Par exemple, si Justin Beiber a promis de faire allégeance à Daesh, ce serait une grande nouvelle, qui serait rapportée bien au-delà d’un flux Facebook.

Ne pas s’arrêter au titre

Dans les faux articles, les faits ne prétendent pas appuyer la prémisse centrale et les sources citées ont tendance à être moins crédibles. Une citation de « Fappy le Dauphin » dans une histoire sur le Serment d’allégeance dans les écoles publiques devrait être considérée comme une pure « fake news ». En général, les fabricants de ragots n’ont pas le temps de construire un argumentaire long et structuré. Vu que la plupart des lecteurs ne s’arrêtent qu’au titre, ils y consacrent toute leur énergie. Pour détecter une fake news, il suffit généralement de lire le corps de l’article. Si un titre provocateur a attiré votre attention, lisez-en un peu plus avant de décider de le partager. Dans un article légitime, le titre ne dit pas toujours toute l’histoire. Les titres des fausses nouvelles, peuvent inclure plusieurs signes révélateurs.

Porter une attention particulière à l’auteur

Un autre signe révélateur d’une fausse histoire est souvent la signature. Le serment d’allégeance sur abcnews.com.co a été écrit par « Jimmy Rustling ». Qui est-il ? Eh bien, sa page d’auteur affirme qu’il est un «médecin» qui a remporté «quatorze prix Peabody et une poignée de prix Pulitzer ». Assez impressionnant, si c’est vrai. Mais ce n’est pas le cas. Personne du nom de «Rustling» n’a remporté un prix Pulitzer ou Peabody. La photo accompagnant la biographie de Rustling est également affichée sur une autre histoire bidon sur un site différent, mais cette fois sous la ligne « Darius Rubics ». L’histoire de l’achat d’un palace à Dubaï par le président Obama a été écrite par « Sorcha Faal et rapportée à ses abonnés occidentaux ».  Elle ne comporte aucune signature.

Détecter les « fake news » à l’aide d’algorithmes sophistiqués n’est peut-être pas pour demain, mais il existe des outils et des astuces pour mettre hors d’état de nuire ces fabricants de fausses nouvelles qui distillent leur venin sur les réseaux sociaux. En faisant preuve de bon sens et de sang froid, il est tout à fait possible de stopper net ces nouvelles nocives aussi bien pour les individus que pour la société.